PRESSE – La société RTS condamnée pour homicide involontaire suite à l’accident mortel de Iason


Birte et Peter Braun pleurent leur fils Iason, cordiste mort dans ses fonctions à Lourdes. DDM, Jérémie Heins

Le mardi 13 octobre 2026, la SARL RTS (Roman Travaux spéciaux), basée à Lalbenque dans le Lot, était jugée devant le tribunal correctionnel de Trabes pour ses responsabilités dans l’accident mortel de Iason, décédé en juin 2024 après avoir chuté du haut de la falaise du château de Lourdes. Était en question de nombreux manquements de la part de cette société, notamment le fait de laisser travailler depuis plus d’un mois sur ce chantier deux cordistes uniquement titulaires d’un CQP 1. Mais également, le fait d’avoir utilisé les roues d’un véhicule en guise de points d’ancrage, alors que de nombreuses autres solutions étaient possibles.

Après s’être retirés pour délibérer, les juges ont reconnu la société RTS coupable d’homicide involontaire et l’on condamné à 20.000€ d’amende (dont 10.000€ avec sursis), ainsi d’un an d’interdiction de marchés publics.
Le jugement écrit avec le motivations précises des juges sera rendu dans plusieurs semaines. 
Nous reviendrons à ce moment-là avec plus de précisions sur cette affaire.

Ci-dessous, l’article de La Dépêche paru suite à ce procès.


Un cordiste de 33 ans meurt après avoir chuté d’une trentaine de mètres depuis la paroi du château fort de Lourdes, l’entreprise qui l’employait condamnée par le tribunal

Article paru le 14 octobre 2026 sur La Dépêche


Le 19 juin 2024, Iason Braun, cordiste de 33 ans, a chuté mortellement d’une trentaine de mètres du château fort de Lourdes. L’entreprise lotoise qui l’employait a été jugée responsable et a été condamnée notamment pour homicide involontaire par le tribunal de Tarbes. Des défaillances de sécurité ont ainsi été pointées du doigt, en particulier par les parents de la victime, présentes à l’audience. Voici ce qu’il faut savoir sur ce terrible drame dans les Hautes-Pyrénées.

Sur le banc, ils tiennent dans leurs mains la photo de leur fils, grand sourire, regard droit dans l’objectif. Le 19 juin 2024, il est aux alentours de 17 h 30 lorsque Iason Braun, 33 ans, s’engage sur les parois du château-fort de Lourdes. Il est sur place depuis près d’un mois comme cordiste, engagé pour installer des filets et grillages de sécurité autour de la paroi rocheuse de l’édifice. Mais ce soir‑à, il chute d’une trentaine de mètres, et malgré son transport à l’hôpital de Toulouse, il décédera quelques jours plus tard.

Un drame pour sa famille et ses amis. Et surtout une incompréhension : comment cette chute a-t-elle pu se produire, alors qu’il était seul sur place ? Son collègue était parti quelques minutes plus tôt avec la fourgonnette de l’entreprise pour aller « chercher du béton » dans un magasin à proximité, explique le tribunal. Iason reste lui au château « pour sécuriser les cordes de travail ».

Il chute d’une trentaine de mètres

« Pour ce faire, il a voulu réutiliser les cordes d’accès qu’il utilisait depuis le début du chantier, normalement amarrées au véhicule, mais le véhicule n’y était plus. Lorsqu’il a voulu descendre le long de la paroi, il semble qu’il n’ait été retenu par rien, et qu’il ait chuté », continue le tribunal.

Une erreur terrible, avec des circonstances que l’audience a tenté d’éclaircir. Et en particulier le rôle de l’entreprise sur les conditions de sécurité appliquées au site.

 


Cordiste, Iason Braun est mort après avoir chuté d’une trentaine de mètres du château-fort de Lourdes en juin 2024. DDM, Jérémie Heins

« Lors des enquêtes apparaît un certain nombre d’anomalies  », déroule le tribunal. « D’abord ce chantier était prévu pour être assuré par trois personnes : un chef de chantier et deux cordistes » Or, il ne restera cette semaine-là que deux cordistes, Iason et son collègue. Tous deux en CDD.

Surtout que « M. Braun est chef de chantier, a une qualification de cordiste de niveau 1 alors que pour un poste de chef de chantier il faudrait une qualification de niveau 2 » évoque l’assesseur. Beaucoup de pression pour le jeune homme « qui travaillait pour la première fois dans l’entreprise », et avait confié à ses proches les difficultés liées à ses responsabilités.

 

Quelle part de responsabilité pour l’entreprise ?

« Ce qui ressort de la procédure, c’est qu’ils avaient l’impression de travailler beaucoup avec de la fatigue, et un minimum de sécurité » Des journées à rallonge, parfois plus de dix heures par jour, et une pression probablement accrue alors que la fin du chantier approchait.

Surtout, le tribunal s’est intéressé au manque de préparation de sécurité de l’entreprise. En particulier de ce fourgon, qui servait de point d’ancrage. Une méthode « tolérée s’il n’y a aucune autre possibilité de se fixer, mais il n’y a pas eu de réflexion pour se fixer sur la pelouse ou le mur », soutient le représentant de l’inspection du travail. L’entreprise explique qu’ils n’auraient pas eu le droit de mettre des points d’ancrage sur le bâtiment. Ce que réfute la municipalité et l’inspection du travail.

 

« Je marcherai le reste de mes jours avec une épine dans le pied »

De plus, tout cela n’aurait pas été formalisé par écrit, comme ça serait pourtant l’obligation. « Comment vous expliquez si peu d’écrits, de justification ? (…) Soit c’est de la négligence, soit vous étiez dépassés pour gagner de l’argent. (…) Vous allez devoir nous aider à faire un choix  », s’alarme la présidente du tribunal. « Est-ce que vous pensez que tout avait été mis en œuvre par l’entreprise pour éviter le drame ? » abonde la procureure. Sans réponse du dirigeant de l’entreprise.

À la suspension d’audience, Birte, la mère de Iason, tient un texte qu’elle aurait aimé lire à la barre : « Je marcherai désormais le reste de mes jours avec une épine dans le pied, je n’en ai pas le choix (…) Si je suis là aujourd’hui, ce n’est pas pour moi, cela ne me ramènera pas mon fils, mais je vois ma présence comme un soutien au métier des cordistes. »

La procureure a requis une amende de 30 000 euros et l’exclusion des marchés publics pour cinq ans, notant des défaillances de l’entreprise « qui sont telles que ça a malheureusement conduit aux faits qui nous occupent. »

 

L’entreprise condamnée pour homicide involontaire

Le tribunal a finalement condamné l’entreprise lotoise à 20 000 euros d’amende, dont 10 000 euros avec sursis et exclusion de marchés publics pendant un an. La société devra 200 euros de dommages et intérêts à un syndicat ainsi qu’à une association de cordistes. L’affaire a été renvoyée sur intérêts civils pour juger le préjudice des proches de la victime.

À Lourdes, près des lieux de l’accident, une stèle pourrait être installée pour rendre hommage au jeune homme.

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