Mardi 6 octobre 2026, les entreprises OI-France et Kaefer Wanner seront jugées pour homicide involontaire devant le tribunal correctionnel de Libourne, en Gironde. Le 3 janvier 2023, Sébastien en était au deuxième jour d’une nouvelle mission d’intérim en tant que cordiste. Il intervenait pour le compte de la société Kaefer Wanner lorsqu’il a fait une chute mortelle en passant au travers d’une plaque translucide non sécurisée sur un toit industriel de la verrerie OI, à Vayres.
En ce début d’année 2023, Sébastien est cordiste depuis deux ans. Passionné et rigoureux, il enchaîne les missions d’intérim, notamment sur des chantiers d’éoliennes offshore. Partout, ses collègues et responsables sont contents de son travail appliqué.
Quelques semaines avant, il accepte la proposition d’une nouvelle mission d’intérim pour ce début d’année. Un des deux anciens fours de la verrerie OI-Vayres est en train d’être remplacé. Sur ce chantier d’ampleur, Kaefer Wanner se charge du nettoyage et désamiantage des gros aérateurs servant de cheminée au four. Depuis début décembre, plusieurs cordistes équipés de combinaisons et de masques grattent les parois intérieures et aspirent les poussières de combustion et éclats de peinture amiantée.
————————————————– ATTENTION, l’audience prévue initialement le 1er octobre est reportée. La nouvelle date d’audience sera annoncée prochainement ————————————————–
Jeudi 1er octobre 2026, NORD ACCESS sera jugée par le conseil des prud’hommes de Martigues (13). Après y avoir travaillé durant plusieurs années en tant que cordiste, Grégory poursuit l’entreprise pour discrimination en lien avec son activité syndicale.
En septembre 2024 et faisant suite à une enquête menée sur les conditions de travail dans l’entreprise, il participe avec l’association Cordistes en colère cordistes solidaires à adresser un long courrier d’alerte à NORD ACCESS. Suite à cela, on cesse immédiatement de lui proposer du travail, et ses nouvelles candidatures sont systématiquement toutes rejetées. On lui confirme alors que la direction a formellement interdit à toutes ses agences de le faire travailler dans l’entreprise.
Et voilà, nous y sommes. Les 14 et 15 février 2026 se tiendra l’assemblée annuelle des ouvrières et ouvriers cordistes. Et cette année, c’est à Marseille que ça se passe ! Ok, mais il va se passer quoi ?
Et ben, tout un programme finement concocté et rythmé de bilans des récentes luttes et actualités du métier, de réflexions pour nos batailles de demain, de moments d’autoformation, de rencontres entre cordistes de tous horizons débutants comme vétérans, mais également avec d’autres collègues du BTP, en lutte eux aussi.
Quelles sont les grandes lignes des nombreuses évolutions réglementaires à venir dans les travaux sur cordes ? Quels changements pour les salariés, pour les indépendants ? Quelles ont été les batailles collectives menées par certains collègues en 2025 ? Quels sont les enjeux des nombreuses procédures judiciaires soutenues et suivies par l’association et le syndicat de cordistes ? Quels outils collectifs seraient à créer, améliorer, pérenniser ? Autant de questions que ce week-end nous permettra d’aborder ensemble pour poursuivre cette aventure hautement nécessaire.
Car, aimée ou redoutée, il ne fait plus de doute que l’association Cordistes en colère cordistes solidaires est aujourd’hui actrice incontournable d’une profession trop longtemps bercée que de discours patronaux. Aujourd’hui, la voix de celles et ceux qui suent sur les chantier est entendue, et même attendue. Remplaçant peu à peu les aliénants discours de croissance et de dépassement de soi, par le concret des nécessaires améliorations de nos conditions de travail. Chaque jour, au travers de chaque lutte, se confirme l’évidence souvent oubliée que c’est à plusieurs qu’on est plus est plus fort-es. Mais chaque jours aussi, ce sont les règles impitoyables du monde du travail qui se rappellent à nous. Les sanctions, licenciements, black-listages de celles et ceux qui osent parler et contester. La chape de plomb progressivement imposée par la saturation du marché. Notamment pour nos collègues débutants qui pour trouver du taf doivent se plier à toutes les injonctions. Et puis, encore et toujours, les accidents, souvent graves et immanquablement mortels année après année.
Donc pas de repos sur nos lauriers. Ce n’est pas une ou des étapes qui seraient à franchir, mais toute une culture ouvrière faite de lutte et de solidarité qui est à alimenter et construire au quotidien.
Et ce qu’on oubli au milieu de tout ça, c’est que la lutte c’est pas que chiant et éreintant. La lutte collective, c’est avant tout des moments de joie et de furieuses rigolades. Et ça, on en a jamais assez !
Bientôt en 2026, bientôt le moment de se retrouver pour faire un bilan de nos luttes en cours, pour se renforcer mutuellement et pour échafauder la suite ensemble!
Et oui, la week-end de rencontre 2026 des ouvrières et ouvriers cordistes approche à grands pas ! Cette prochaine édition aura lieu les 14 et 15 février 2026 à Marseille. La plupart des activités se dérouleront au centre social autogéré LA DAR (127 rue d’Aubagne, 13006 Marseille).
Le programme du week-en est encore en cours d’élaboration, mais d’ores et déjà vous pouvez bloquer la date dans vos agendas et vous inscrire via ce lien (inscription nécessaire pour dimensionner l’hébergement et les repas) : https://forms.gle/fQf5L8veaz1Z3KHr9
En ce début d’année très chargée pour l’association, on vous propose une petite soirée d’échange et de discussions ! Pour la première fois, on intervient dans les Hautes Alpes pour se rencontrer entre cordistes qui habitent ou qui travaillent dans le coin. On se retrouve le 8 novembre au café associatif le Blaisance à Tresscleoux.
Au programme : – 18h venez discuter de vos conditions de travail, – 19h30 repas ouvert à toutes et à tous, – 20h15 projection du film « Cordiste une professions mortel » suivie d’un échange sur les accidents de travail.
On vous attend nombreux et nombreuses le 8 novembre au Blaisance. Si tu connais un.e cordiste dans le coin, transmets lui le message pour venir nous rencontrer !
Le 2 février 2022, Quentin a 22 ans et travaille pour la CAN en contrat de professionnalisation, il alterne formation et chantier. Ce jour-là, lui et son équipe sont envoyés sur une route départementale de l’Ain pour aller vider un grillage triple torsion rempli de blocs de roches décrochés de la falaise. En milieu de journée, Quentin est surpris par l’éboulement d’une partie des roches qui ne lui laissent pas le temps de s’écarter, le frappent au thorax et l’ensevelissent au niveau des jambes. Atteint de multiples fractures aux deux jambes, Quentin met de nombreux mois à remarcher mais garde des séquelles importantes qui l’obligent d’arrêter le métier de cordiste. Après une enquête de l’inspection du travail établissant de nombreux manquements de son employeur, le parquet de l’Ain décide de renvoyer la société CAN devant le tribunal correctionnel pour blessures involontaires du fait de l’absence d’informations spécifiques à l’intervention et absence de formation adaptée aux risques du chantier. Ce mardi 3 juin 2025, Cédric MOSCATELLI, représentant légal de la société était convoqué à la barre pour s’expliquer de ces chefs d’inculpation. Après une longue audience, son avocat réclame la relaxe de la CAN regrettant un «procès d’intention» visant à «faire porter sur le dos du chef d’entreprise toute la misère du monde». Les juges se retirent et délibèrent le jour même : La CAN est reconnue coupable de tous les chefs d’inculpation et condamnée à 40.000€ d’amende + 800€ à verser au syndicat Solidarité cordistes, partie civile aux côtés de Quentin, au titre du tord causé à l’intérêt collectif de la profession. Une procédure civile est menée en parallèle pour indemniser les préjudices de Quentin. La CAN a dix jours pour faire appel. Dans le cadre de l’accident ayant coûté la vie à Régis en 2018, la CAN et son délégataire ont fait appel dans les jours qui ont suivie leur condamnation par le tribunal de Grasse. Affaires à suivre…
À venir, un récit plus complet de l’accident de Quentin et du déroulé de l’audience.
Ci-dessous, l’article paru dans l’édition d’aujourd’hui du Progrès :
“Les travailleurs reçoivent une formation adéquate et spécifique aux opérations envisagées et aux procédures de sauvetage.” Art. R4323-89 du code du travail
“La formation à la sécurité dont bénéficient les travailleurs chargés de l’utilisation ou de la maintenance des équipements de travail est renouvelée et complétée aussi souvent que nécessaire pour prendre en compte les évolutions de ces équipements.” Art. R4323-3 du code du travail
Qui dans son entreprise bénéficie d’une journée organisée et encadrée pour recycler nos formations cordistes? Combien d’entre nous avons eu le MAC de financé? Et si oui, depuis combien de temps? Lorsque nos patrons respecteront leurs obligations, on trouvera bien d’autres choses à faire quand on se retrouve entre ouvrières et ouvriers cordistes. En attendant, quand ça fait des mois, voire des années, qu’on a n’a pas pratiqué les exercices même basiques de sauvetage sur cordes, les gestes et automatismes se font lointains. Et le jour où ils pourraient être nécessaires, arriverait-on à être à la hauteur? Impensable d’imaginer le contraire et se trouver spectateur impuissant du drame d’un collègue. Alors, les 12 avril et 18 mai se sont tenues deux journées de révision des techniques simples de sauvetage sur cordes. Dans les calanques à Marseille. Et à Toulouse. À chaque fois, s’est suivi un repas partagé et une réu locale pour évoquer nos conditions de travail, envisager les manières d’y faire face.
Clairement on s’en lassera pas! À quand et où la prochaine?
Ces deux journées en images dans l’article complet ↓
C’est reparti, une autre équipe organise une journée secours sur corde et échanges autour de nos conditions de travail. Cette fois-ci ça se passera ce dimanche 18 mai à Toulouse.
Au programme : révision des techniques simples de sauvetage sur cordes le matin, un repas partagé, puis l’après-midi réunion locale cordistes avec deux thèmes de discussion : la question du sexisme au travail & les risques spécifiques selon les chantiers.
Pense à prendre ton casque + ton kit si tu en as un.
Le vendredi 7 mars 2025, l’entreprise CAN était jugée pour homicide involontaire sur la personne de Régis Brugière. Le 27 août 2018, sans aucune formation en la matière, ce jeune cordiste de 38 ans est envoyé fragmenter un rocher à l’aide de cartouches pyrotechniques de catégorie P2. Heurté à la tête par un éclat de roche au moment de l’explosion, Régis meurt sur le coup.
« Plaise au tribunal que je montre la photo du bonheur d’une mère, la dernière de mes trois beaux garçons en pleine forme, unis, joyeux, heureux dans leurs vies personnelles, pères de famille responsables et aimés. Voilà notre famille une semaine avant qu’elle ne soit détruite ! »
Il est midi. Pile au mitan de cette audience qui durera six heures. Martine est à la barre. Courageusement, elle livre sa pensée. Sa vision des choses. Sa révolte. Son chagrin de mère. Dignement, calmement, posément. Comme elle l’a fait le matin même, droite face à la caméra des journalistes de France 3. Comme elle l’avait fait face à celle de Franck, en 2021, devant les portes obstinément closes de la CAN, l’entreprise au sein de laquelle son fils a perdu la vie. Les trois prévenus sont à quelques mètres d’elle. Têtes basses. Plus de six ans qu’elle attend ce moment.
« Au vu de ce qu’il m’ apparaît dans ce dossier, rien n’a été mis en œuvre par les personnes jugées ce jour pour protéger leur ouvrier, je les qualifie d’imprévoyants, de désinvoltes et finalement d’incompétents puisque responsables par leurs manquements divers du décès de mon fils. »
Plus de six ans qu’elle attend des réponses à ses questions.
« Je veux comprendre comment des dirigeants de cette société ont traité le sujet de la sécurité avec tant de désinvolture. »
Questions auxquelles les dirigeants de la CAN n’ont jamais daigné répondre. Et pour cause ! Bombardés de ces questions par l’avocat de la famille et par Grégory, au nom de l’association Cordistes en colère cordistes solidaires, qui s’est constituée partie civile, Cédric Moscatelli et Ludovic Mouche n’offriront que des réponses bredouillées. Des explications oiseuses. Une dérobade constante et insupportable. Évoquant la responsabilité d’un lampiste. Jusqu’à celle de Régis lui-même. Inévitable ritournelle des inculpés s’agissant de la mort d’un de leurs employés. Desquels ils sont pourtant tenus de préserver la santé, et d’assurer la sécurité au travail. Après qu’elle les a entendus, pour Martine la conclusion est claire : « Je considère que ces personnes, par leurs agissements ‒ manque de formation pour ce qui concerne Régis et manque d’information pour ce qui concerne l’ensemble du personnel ‒, méritent parfaitement d’être considérées comme hors la loi, et à ce titre durement réprimées. »
Martine retourne s’asseoir auprès d’Émilie, la femme de Régis. Et de Jennifer, la femme de Wilfried, un de ses deux autres fils. Trois femmes côte à côte. Trois femmes unies dans une même douleur. Trois femmes qui pleurent la perte d’un être cher. Puis d’un second. L’an dernier, Wilfried, le frère aîné de Régis, était emporté par la maladie. Lui qui avait lutté pour l’avènement de la vérité n’assistera pas à l’audience du procès de la mort de son frère. Le malheur sait frapper plusieurs fois au même endroit.
Laurent, le cadet de la fratrie, est absent. Il vit en Australie.
On organise une journée secours sur corde et échanges autour de nos conditions de travail le samedi 12 avril dans les calanques à Marseille.
Au programme : pratique des secours le matin, un repas partagé, puis échanges sur les actus de la profession et nos conditions de travail l’après-midi.