Jeudi 1er octobre 2026, NORD ACCESS sera jugée par le conseil des prud’hommes de Martigues (13). Après y avoir travaillé durant plusieurs années en tant que cordiste, Grégory poursuit l’entreprise pour discrimination en lien avec son activité syndicale.
En septembre 2024 et faisant suite à une enquête menée sur les conditions de travail dans l’entreprise, il participe avec l’association Cordistes en colère cordistes solidaires à adresser un long courrier d’alerte à NORD ACCESS. Suite à cela, on cesse immédiatement de lui proposer du travail, et ses nouvelles candidatures sont systématiquement toutes rejetées. On lui confirme alors que la direction a formellement interdit à toutes ses agences de le faire travailler dans l’entreprise.
Spécialisée dans les interventions sur cordes en milieu industriel, la société NORD ACCESS intervient partout en France. Depuis 2019, Grégory travaille régulièrement pour son agence basée dans le bassin de Fos-sur-Mer. Il y alterne les missions intérim et CDD. Au cours des années, il y effectue divers et nombreux chantiers avec d’autres collègues. Les plus fréquents consistent à réaliser des travaux en espaces confinés tels que la purge de fours d’incinération ou d’installations de cimenterie, la vidange de silos, etc. Mais aussi bien d’autres travaux de maintenance industrielle tels que la peinture, l’inspection, le nettoyage, des changements de pièces, l’étanchéité de toitures, etc. Au fil des années, la société NORD ACCESS fait intervenir Grégory dans de nombreux sites industriels du bassin de Fos-sur-Mer, mais également dans beaucoup d’autres, répartis dans les régions alentour : PACA, Occitanie, Rhône-Alpes.
Ses responsables directs se disent très satisfaits de son travail et n’hésitent pas à le solliciter régulièrement pour de nouveaux chantiers.
Pourtant, dès sa première mission d’intérim effectuée en mai 2019, la direction de NORD ACCESS n’était pas du même avis. Répondant à l’agence d’intérim de Grégory afin de clôturer un échange de mails relatifs à des heures non payées alors que bel et bien notées sur son relevé d’heures, le service des ressources humaines de NORD ACCESS écrivait : « Mettez lui ce qu’il souhaite, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps sur ce sujet. Par contre, nous ne pourrons plus reprendre [Grégory] au sein de notre structure. »
Le ton était donné.
Malgré cela, les responsables directs de Grégory, au niveau de l’agence sud de NORD ACCESS, préfèrent continuer de le faire travailler.
La direction n’insiste pas.
Grégory y trouve son compte, notamment du fait de la forte cohésion et de la bonne ambiance avec ses collègues de travail.
Début janvier 2024, Grégory est sollicité par l’entreprise pour une nouvelle série de contrats d’intérim successifs. De nouveau, son responsable se montre enthousiaste à l’idée de ce recrutement. Il écrit par mail : « Sans hésiter, je te compte dans mon effectif dès le début d’année. »
S’exprimer sur ses conditions de travail et alerter
Fin juin, et à l’occasion du championnat de France des cordistes à Marseille, l’association Cordistes en colère cordistes solidaires diffuse un texte écrit par plusieurs cordistes où ils dénoncent leurs conditions de travail au sein de la société NORD ACCESS.
À la demande de la société, l’association le retire peu de temps après de son site internet, car n’ayant pas elle même directement enquêté sur les faits évoqués. Dans un même temps, l’association indique toutefois à la société NORD ACCESS qu’elle est fréquemment sollicitée par plusieurs de ses salariés qui se sentent déconsidérés et exposés à des problèmes de sécurité. Une enquête sur les conditions de travail au sein de cette société, ainsi que des autres sociétés du groupe NA est alors lancée par l’association, début août 2024 : Lire ici l’article annonçant le lancement de l’enquête.
Il est convenu avec le PDG du groupe NA qu’une réunion se tiendra début septembre pour échanger avec l’association sur la base des résultats de son enquête.
Grégory se charge lui-même de ces échanges, étant impliqué de longue date au sein de l’association et du syndicat des cordistes.
Le 3 septembre, l’association adresse à la société un courrier de huit pages où sont listés point par point les problèmes évoqués par des salariés du groupe NA au cours de l’enquête. Vingt-neuf de ces points concernent la société NORD ACCESS, évoquant principalement des problématiques de sécurité (supervision des travaux, formation, planification des chantiers, amplitude travail/route, etc.). Deux heures après la réception du courrier, la direction de NORD ACCESS écrit à l’association pour annuler la réunion prévue de longue date quelques jours après.
Depuis, et malgré les multiples relances de l’association, la société NORD ACCESS n’a jamais souhaité donné suite à ce courrier d’alerte.
Les contrats s’arrêtent net
Le 15 octobre, terminant une mission d’intérim au sein d’une autre entreprise, il reprend contact avec son responsable de l’agence sud de NORD ACCESS pour faire savoir qu’il est disponible pour travailler. Le jour même, le responsable l’appelle et lui explique que cette fois‑ci la direction a interdit formellement à l’ensemble de ses agences de refaire travailler Grégory.
Durant un an encore, Grégory réitère régulièrement ses candidatures, notamment en réponse aux multiples offres d’emploi publiées par la société NORD ACCESS sur la période. En vain. Plusieurs collègues indiquent pourtant à Grégory que l’activité au sein de l’agence « sud » de NORD ACCESS ne faiblit pourtant pas et que de nombreux cordistes continuent d’y être recrutés tant en intérim, en CDD, qu’en CDI.
Ayant formellement été informé de cette décision de le « black-lister » et en ayant la confirmation dans les faits un an plus tard, Grégory saisit fin 2025 le conseil de prud’hommes de Martigues pour faire reconnaître cette discrimination.
Ces faits seront jugés le 1er octobre 2026.

Ne pas accepter
Ce jour-là, Me Stéphane TEYSSIER représentera Grégory, mais également le syndicat Solidarité cordistes, qui a souhaité se joindre à la procédure pour faire valoir le tort que ce type de pratiques peut causer à l’intérêt collectif de la profession.
Bien trop souvent, l’association et le syndicat sont saisis par des collègues sanctionnés, non‑renouvelés ou licenciés après avoir exercé leur droit de retrait, fait remonter des problèmes de sécurité, etc. Ces « black-listages », s’ils sont rarement assumés formellement par les sociétés qui en sont à l’origine, demeurent une vraie entrave à la sécurité des cordistes. Notamment dans le contexte actuel, où le marché du travail des cordistes se trouve de plus en plus saturé, laissant des centaines voire des milliers de débutants contraints d’accepter parfois les pires conditions de travail pour réussir à mettre un pied dans le métier de cordiste.
De plus, depuis le courrier d’alerte de l’association en septembre 2024, de nombreux accidents graves ont continué à se produire au sein de la société NORD ACCESS et du groupe NA.
En 2023, deux chutes laissaient handicapés deux cordistes du groupe, dont l’un a chuté de plus de 40 mètres de haut sur un chantier de la société BTH en Belgique.
Plus récemment, entre décembre 2024 et octobre 2025, au moins quatre nouvelles chutes se sont produites dans le groupe NA, dont trois graves qui concernent des salariés de la société NORD ACCESS.
En tant que travailleuses et travailleurs, s’exprimer sur nos conditions de travail, tout comme user de notre droit d’alerte, voire de notre droit de retrait, sont des préalables indispensables à la garantie de notre santé et de notre sécurité au travail.
Toute entrave à ces droits cruciaux doit être combattue !
Pour ces raisons, pour refuser de nous faire museler, mais également pour témoigner notre solidarité à Grégory, soyons nombreuses et nombreux jeudi 1er octobre dès 7h30 devant le conseil de prud’hommes de Martigues !
JEUDI 1er OCTOBRE dès 7h30
RASSEMBLEMENT
devant les prud’hommes de MARTIGUES
(40 avenue de la Paix)

