ÉVRY – 12/11 – RASSEMBLEMENT : CABESTAN jugée aux prud’hommes d’Évry pour de nombreux manquements dénoncées par des cordistes intérimaires

Jeudi 12 novembre dès 14h, la société Cabestan et plusieurs agences d’intérim seront jugées par le conseil des prud’hommes d’Évry-Courcouronnes (Île-de-France). Après y avoir subi en 2023 des conditions de travail similaires et déplorables, quatre cordistes intérimaires ont décidé de saisir ensemble le tribunal. Soutenus par le syndicat Solidarité Cordistes, et représentés par l’avocate Sylvie Assoune, ces quatre collègues tenteront d’y faire reconnaître les nombreuses et récurrentes violations d’obligations légales par Cabestan : recours abusif à l’intérim, non respect des règles de sécurité spécifiques aux travaux sur cordes (supervision, procédure de sauvetage, note de calcul des points d’ancrage), sanction consécutive à l’exercice du droit de retrait et autres manquement aux obligations de sécurité, défaut de paiement des salaires et des frais de déplacement…

Depuis de nombreuses années, les retours négatifs de collègues cordistes ayant travaillé pour Cabestan s’accumulent. Sur les réseaux sociaux, mais aussi auprès de l’association Cordistes en colère cordistes solidaires et du syndicat Solidarité cordistes.
Tristement connue comme le loup blanc dans la profession de cordiste.
Peut-être l’entreprise la plus citée lorsqu’on demande aux collègues d’évoquer leurs pires expériences de travail. Tristement connue aussi pour ses multiples accidents, dont le décès d’un collègue sur un chantier en Guyane en juillet 2016.

Face à l’accumulation des remontées de situations dangereuses et totalement irrespectueuses des travailleuses et travailleurs cordistes, l’association diffusait à l’automne 2023 une alerte publique appelant à ne plus travailler pour cette société.

Droit de retrait, fin de mission et non paiement des salaires sur la tour Hekla

Plus particulièrement et s’ajoutant à un passif déjà bien chargé, c’est jusqu’en mai 2023 que plusieurs intérimaires se relaient pour travailler durant plusieurs mois au nettoyage des vitres de la toute nouvelle tour Hekla, culminant à 220 mètres de haut sur le quartier de la Défense à Paris. La plupart débutants et se relayant au gré des contrats d’intérim à la semaine, ces cordistes travaillent sans la présence d’aucun salarié de Cabestan, d’aucun cordiste CQP2 ou équivalent pour assurer la supervision, d’aucun mode opératoire un minimum détaillé, sans la moindre procédure de sauvetage et avec des EPI en nombre insuffisant. Las de ces conditions, un cordiste indépendant qui faisait office d’encadrant finit par quitter le chantier emportant avec lui tous ces EPI, qui pour beaucoup permettaient aux collègues intérimaires de réussir à travailler tant bien que mal.
Déjà inquiets des conditions de travail préexistantes, cette nouvelle dégradation les décide à exercer leur droit de retrait tant que Cabestan ne les met pas en capacité de travailler en sécurité.
Aucune réponse de Cabestan ne vient. La journée passe et c’est finalement leurs différentes agences d’intérim qui en fin de journée les informent qu’ils sont tous en fin de mission et qu’ils n’auront pas à revenir bosser le lendemain.
Poussant le vice encore plus loin, c’est sur les fiches de paie que les sanctions se poursuivent.
Pour une semaine et demi de travail Ekaterina et Thibaud seront payés… 3 heures. Ni plus, ni moins !

Il leur faudra ensuite des mois de relances auprès de leurs agences d’intérim, des courriers de mise en demeure de l’association Cordistes en colère et de l’inspection du travail, et des articles publics relatant leurs déboires pour qu’une partie de leurs heures travaillées soient finalement payées.

Voir ici les péripéties de cette équipe sur la tour Hekla : https://cordistesencolere.fr/2023/10/19/avec-lentreprise-cabestan-des-conditions-de-travail-eclatantes-sur-la-tour-hekla/


Le piège des missions en Guyane

Exerçant pour partie dans les Antilles et en Guyane, Cabestan recrute très régulièrement des cordistes en métropole pour aller y réaliser ses chantiers.
Début octobre 2023, c’est Julien qui comme d’autres de ses collègues débarque en Guyane et est accueilli par Cabestan. Après 11h de vol, 5h de décalage horaire et une courte nuit sur place, c’est dès 7h30 le lendemain matin qu’il est envoyé sur son premier chantier.
Avant de débuter les travaux, aucun accueil ou formation particulière ne lui sont dispensés. Dès ce premier jour et sans discontinuer, il constate qu’aucun salarié de la société Cabestan n’est présent pour encadrer les chantiers. Tous ses collègues de travail sont intérimaires, débutants et à peine formés (aucun n’est titulaire du CQP2 cordiste). Il est contraint d’utiliser ses propres EPI personnels (harnais et agrès associés, sangles, mousquetons, …) sans aucune indemnisation. Malgré cela, la société refuse de lui fournir d’autres EPI encore manquants dont notamment des protections adaptées pour protéger les cordes contre les risques de cisaillement par frottement. La société n’est pas non plus en mesure de lui fournir gants adaptés, bottes de sécurité, lunettes de protection, trousse de secours, … Il ne dispose pas d’eau potable et fraîche à disposition malgré des température extrêmement élevées lors de travaux en toiture (60°C relevés en surface de toiture le 6 octobre). Avant le début de sa mission, il ne bénéficie d’aucune visite médicale.

Plus généralement, aucune consigne de sécurité particulière ne lui sont données concernant le travail à réaliser, que ce soit pour la sélection des points d’ancrage, pour l’anticipation d’éventuel secours sur cordes ou des équipements de sécurité à mettre en place. Aucun mode opératoire, plan de prévention ou autres documents de sécurité obligatoires ne lui sont présentés. Il lui est seulement présenté un livret d’accueil vide de contenu spécifique aux tâches à réaliser et visant exclusivement à tenter de décharger la société de ses responsabilités en termes de sécurité avec des formulations du type : « En cas d’accident, aucun technicien ne peut se disculper de sa responsabilité, car il connaît parfaitement son métier et les sécurités à observer ».

Laissé à travailler seul à plusieurs reprises, Julien exerce d’abord son droit de retrait, puis ne voyant aucune conditions de travail s’améliorer, il décide de mettre fin à son contrat par une prise d’acte de cette rupture au tord de l’employeur.
Les frais de son billet retour ne seront jamais remboursés.

Le quotidien des travaux en région parisienne pas plus reluisant

Ayant lu les multiples articles sur les conditions de travail chez Cabestan, Pierre contacte l’association et syndicat de cordistes fin novembre 2023. Il raconte son expérience en ces termes : « J’ai travaillé pour eux cet été, c’était ghetto les conditions. Complètement à l’arrache, sans aucune préparation, avec du matos pourri et toujours que des intérimaires débutant sur les chantiers… Franchement on faisait ce qu’on pouvait mais c’était chaud de travailler en sécu dans ces conditions ! Je débute, j’avais pas trop de comparatif, là je bosse ailleurs et je me rend compte que c’était bien dangereux ! ».

Comme ces collègues avant lui, Pierre y enchaîne les contrats d’intérim en ne travaillant qu’avec d’autres intérimaires, aucun titulaire d’un CQP2 cordiste, sans procédure de sauvetage pré-établie, sans la moindre formation à son arrivée ni aucune instructions particulière les modes opératoires à mettre en œuvre pour travailler en sécurité. Les EPI mis à disposition sont vétustes, en mauvais état (usure excessive des cordes et sangles, descendeur n’assurant pas sa fonction de freinage) et en nombre insuffisants.

Une entreprise de travaux sur cordes, sans cordistes

Au cours de la procédure devant le conseil des prud’hommes, Cabestan est sommé de présenter son registre du personnel afin d’établir si son recours massif à des cordistes intérimaires est contrebalancé par la présence de cordistes directement embauchés en CDI, ou même CDD.

Après avoir tout fait pour ne pas fournir cette liste, Cabestan s’y soumet finalement sous l’injonction du tribunal. Aucun des très nombreux intérimaires ni figure alors que c’est obligatoire. Mais surtout, de février 2023 à décembre 2023 (période des contrats des quatre demandeurs), aucun cordiste ne composait les effectifs de la société Cabestan !

Ainsi, durant la période des contrats des quatre collègues, la totalité des chantiers de cette société était exclusivement réalisée par des cordistes intérimaires !

En défense, Cabestan prétexte aujourd’hui que ce sont les cordistes qui ne façon massive refusent toute autre forme de contrat que l’intérim. Cela alors même que le dernier recensement de la profession des cordistes réalisé par France Travaux sur Cordes démontre qu’au niveau national et en 2024, l’ensemble des entreprises de travaux sur cordes ont fait travailler 75 % de leur main d’œuvre cordistes sous contrat CDI ou CDD, contre seulement 25 % sous contrat d’intérim.

Et surtout début 2024, et après les nombreux articles ayant dénoncé ses conditions de travail, Cabestan n’a finalement eu aucune difficulté à recruter pas moins de six cordistes en CDI et CDD…

Faire reconnaître les manquements pour faire cesser ces pratiques

Jeudi 12 novembre, Cabestan et les agences d’intérim Actrium et Menco devront répondre des nombreux manquements reprochés par ces quatre collègues. Les cordistes attendront du conseil des prud’hommes que ces nombreux manquements soient reconnus et condamnés.

Dans une profession figurant parmi les plus touchées par les accidents mortels au travail, il y a urgence que ces pratiques cessent. Ces dernières années, le marché des travaux sur cordes continue de se voir saturer en cordistes débutants. En effet, aux 5000 et 7000 travailleurs cordistes équivalent temps plein en activité en France, nous continuons à voir chaque année plus de 1500 cordistes CQP1 sortir de formation et arriver sur un marché du travail déjà saturé. Dans ce contexte, le non respect des règles spécifiques de sécurité, notamment l’essentielle supervision des travaux par un cordiste expérimenté, contribue inéluctablement à causer sans cesse de nouveau accidents graves et mortels.

Pour soutenir Ekaterina, Thibaud, Julien et Pierre.
Pour dénoncer la situation de tous les collègues subissant les mêmes pratiques que celles de la société Cabestan.
Pour affirmer que ces pratiques faiseuses de morts et de mutilés doivent cesser.
Soyons nombreuses et nombreux au rassemblement prévu jeudi 12 nombre dès midi devant le conseil des prud’hommes d’Évry. Nous partagerons un pique-nique ensemble avant d’aller assister à l’audience dès 14h.

JEUDI 12 NOVEMBRE dès midi
RASSEMBLEMENT
devant les prud’hommes d’ÉVRY (91)
(1 rue de la Patinoire)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *